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Les Photographes

 

Merci à Alain Troussier de nous avoir ouvert ses archives familiales et de nous raconter ici l'histoire de son grand-père François Monier armateur morutier et passionné de photographie aux îles Saint-Pierre et Miquelon entre 1906 et 1936. Par les images qu'il nous a laissées l'auteur nous fait revivre les différentes activités qui animaient le côté sud du barachois, le travail sur les graves, les trois-mâts au mouillage, à quai ou en réparation sur le patent-slip et quelques instants de sa vie Familiale.

FRANCOIS MONIER armateur et photographe amateur .

Diplôme de photographie décerné en 1911 à M François MONIER.

François MONIER (1886-1968)


François MONIER est né en 1886 à Bordeaux, dans une famille de morutiers.
Etablie en 1853, sa famille a une longue tradition de relations avec Saint-Pierre & Miquelon : premiers mouvements de bateaux armés par son grand-père, Pierre MONIER, dès 1877 *; présence d'un représentant, le capitaine Thomas PRENVEILLE ; établissement permanent à partir de 1883 avec l'acquisition d'une Habitation par son père, Gaston MONIER, sur la rive sud du Barachois.
* Premiers mouvements connus à ce jour, mais peut-être y en a-t-il eu auparavant.
Le premier séjour de François MONIER dans l'Archipel remonte à 1906. Il a 19 ans. A-t-il, tout jeune encore, manifesté le désir de se voir confier l'« affaire de Saint-Pierre », comme on disait dans sa famille ? La légende familiale pencherait plutôt pour une sorte de punition. Un goût plus qu'évanescent pour les études en serait la raison.
Revanche délicieuse sur les conditions de son exil : Saint-Pierre sera sa terre promise et son eldorado.
Il y transférera son domicile « réel et politique » lors de son deuxième séjour, en 1907. Ce sera désormais à Bordeaux, où il passe l'hiver, qu'il se sentira en exil, et que «jusqu 'à ses derniers jours, il se plaira à rappeler tous ses excellents souvenirs de Saint-Pierre et à évoquer ses bons amis », comme l'écrira sa femme dans une lettre à Henri MORAZE, après sa mort, le 25 mai 1968.
Il y donnera libre cours à beaucoup de ses passions, dont celle de la photographie. En 1911, le « 7eme prix ex aequo au concours de photographie de l'année 1911 » lui est décerné par « La ligue maritime française ». Il rapportera de Saint-Pierre une centaine de plaques photographiques qui, à l'instar de quelques uns des souvenirs de ses affaires saint-pierraises, survivront par miracle à son désintérêt total pour la transmission de ses archives.
Un charmant vieux monsieur, dont le père a été, entre autres, le commandant du « Pro Patria », se rappellera, dans les années 1980-1990, « sa joyeuse bonhomie, ses rapports agréables, sa bonne humeur, sa vivacité ». Il le reverra «faisant la causette avec ses amis sur le quai de La Ronciers ». Ou encore « montant, sans ouvrir la portière, dans sa petite 5 CV Citroën qu 'il conduisait avec le volant entre les jambes ». C'était une figure de Saint-Pierre. Il portait des pantalons trop courts, alors on l'avait surnommé « Feu-de-plancher ». Son arrivée à Saint-Pierre, chaque printemps, fera très vite dire : « tiens, François MONIER est de retour, l'été sera bientôt là ».
Le gosse de riches désœuvré, qui se laissait photographier dans des postures désabusées sur les plages du bassin d'Arcachon, sera à Saint-Pierre un homme d'affaires actif et avisé que ses pairs honoreront de leur estime et, pour nombre d'entre eux, de leur fidélité.
D'abord placé sous la houlette de son frère aîné, Robert, il volera de ses propres ailes dès 1911, en tant que « gérant de Gaston MONIER », puis, très vite, à la tête de ses propres affaires d'armement et de négoce.
En 1921, dans un projet de création d'une « Société d'exploitation de grande pêche à Saint-Pierre et Miquelon (colonie française) Amérique du Nord », il sera décrit comme « un homme du métier, bien connu sur les places de Bordeaux et de Saint-Pierre, à la compétence incontestée et incontestable ».
Il francisera deux long-courriers à Saint-Pierre : « Charlotte », acquise en 1922, une goélette qu'il connaît bien pour l'avoir affrétée dans les années 1910, entre Saint-Pierre et les Antilles notamment. Puis, en 1924, un trois-mâts goélette, le « Lieutenant Boyau », construit pour lui et baptisé ainsi en mémoire d'un de ses amis de jeunesse, mort à la guerre.
Il y établira sa « Société franco-coloniale de grande pêche », en 1926 ou 1927. Il dotera cette société de deux chalutiers à vapeur : « Locarno », et « Elisabeth Marie ».
Il y connaîtra les joies et les aléas du métier de négociant-armateur, ruiné une année, comme en 1928, à la suite des déboires de son chalutier à vapeur « Elisabeth Marie » et, selon ses propres dires, « récupérant trois fois sa perte deux ans plus tard avec un autre chalutier », le « René Moreux »(1), qui n'a pourtant pas laissé le souvenir d'un bon pêcheur.
La vraie vie de François MONIER durera jusqu'à la fin des années 30.
Son dernier séjour remonte à 1936. Il ne reviendra pas à Saint-Pierre, mais Saint-Pierre ne le quittera jamais. Il conservera jusqu'à ses derniers jours son abonnement à la « Feuille officielle » dont il laissera une collection complète, très entamée cependant, par les souris qui se repaissaient de ses archives, dans le grenier de son bureau, à Bordeaux.

IL continuera à s'impliquer dans l'activité économique de l'archipel. Il veillera au maintien en activité de l'Habitation MONIER. Il prendra des participations dans le chalutier « Atlantique » et dans la SPEC. En septembre 1951, il se préoccupera de communiquer à Alain SAVARY, alors député, son point de vue « sur la question du frigorifique et sur la question du poisson salé ». Il assistera au lancement du « Ravenel », de si triste mémoire. En 1962, après la disparition du « Galantry », il déplorera « la suite d'accidents survenant dans la flotte du frigo ». Il se fera scotcher, comme beaucoup d'autres, dans la déconfiture de la Banque Andrieux.
Il saluera, comme il se doit, l'annonce de l'escale du Général de GAULLE à Saint-Pierre en 1967, s'amusant à penser qu'on pourrait « lui renouveler l'histoire des berdouilles ». Il entretiendra jusqu'à la fin de sa vie une correspondance suivie avec Henri MORAZE, qui lui rappellera qu'il avait « débuté à travailler chez lui ».

Photo: Claude OPPE 1975. Le DC3 de la Maritime Central Airways se pose devant la maison Monier sur les anciennes graves aménagées en piste d'atterissage. On aperçoit également le mât de la vigie d'aigremont.

Epargnée, dans un premier temps, par la construction du premier aéroport, l'Habitation MONIER ne survivra pas à l'allongement de la piste et à la modification de son axe. François MONIER est prévenu dès le 15 novembre 1950 par une lettre signée d'un «président de la commission chargée d'étudier les mesures à prendre en vue d'améliorer les conditions de sécurité de la piste de Saint-Pierre ».
Il se résoudra, la mort dans l'âme, en février 1956, à ordonner la destruction de son séchoir à vapeur et à confier à Henri MORAZE la mission d'accomplir les formalités nécessaires à la cession au Territoire de la plus grande partie des graves.
La villa et le terrain sur laquelle elle était située, en bordure de la route de Galantry, seront vendus le 20 avril 1964.
Les bâtiments de travail situés en bordure du Barachois seront soit abattus, soit vendus, en 1965 ou 1966.
Tout lien n'est cependant pas coupé à ce jour entre Saint-Pierre et les descendants de François MONIER, dont l'auteur de ces lignes, toujours propriétaires d'une partie des terrains de l'Habitation MONIER, avec leurs cousins, les descendants de Robert MONIER.
Toute trace n'a pas non plus disparu de l'Habitation MONIER, puisqu'un des bâtiments vendus en 1966 a survécu. Connu aujourd'hui sous le nom de « magasin à sel », ce bâtiment aurait été une saline, ou un pressoir destiné à l'emboucautage des morues vertes. Il ferait l'objet d'un projet de rénovation et serait destiné à héberger la Société des Marins.
Et si les jeunes Saint-Pierrais n'ont aucune idée de ce qu'était l'Habitation MONIER, nombre de leurs parents ont, paraît-il, un souvenir ému des rendez-vous galants qu'elle abritait dans l'obscurité de ses vieux hangars, dans les années 1960. Mais, chut, c'est un secret.

Alain TROUSSIER (Petit-fils de François Monier)

(1) Le chalutier classique à vapeur René Moreux

 

Françoise Monier : La villa de l'habitation Monier, en bordure de la route de galantry (juillet 1927)

 


François Monier : Fête du 15 Août 1923.

Sur la route de Galantry, devant la villa de l'habitation Monier. A l'avant de la voiture, Mme François Monier accompagnée de sa fille Françoise, née à Saint-pierre le 19 Septembre 1921.

 

François Monier : La petite Françoise Monier (Octobre 1922)

 

François Monier : Fête du 15 Août 1923. Au centre sans chapeau, Mme François Monier, tenant sa fille Françoise, assise sur le parapet.

 

 

Course au trot attelé entre Saint-Pierre et savoyard. Sur la place de gauche du sulky, Robert Monier, frère aîné de François Monier, vainqueur avec la jument May. Sur la place droite du sulky Mr M.G. Clavère (1905)

 

 

 
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