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Les Photographes

Pour établir les biographies des photographes de Saint-Pierre-et-Miquelon nous nous sommes principalement reportés à l'ouvrage de Patrick Derible " Les pionniers de la photographie à Saint-Pierre-et-Miquelon " ( Saint-Pierre, 1984 ). Nos propres recherches nous ont permis de préciser certaines de ces biographies. Mme Thérèse Bachelot pour Stanislas Bachelot, M. Pierre Mahey pour Amédée Bréhier, M. Robert Littaye pour Edouard W. Littaye, M. Robert Milleret pour Paul Milleret, M. Joseph Lehuenen pour Joseph Nouvel et Mme Mariette Amil pour Emmanuel Turgot nous ont fourni des informations ou des témoignages qui nous ont été fort précieux dans la rédaction de ces biographies. Enfin nous remercions vivement M. François Lepage de nous avoir communiqué ses propres recherches sur Paul-Emile Miot. ( J.-P.C. - Y.L. )

Docteur Louis THOMAS
( Landerneau 1887 - Saint-Nazaire 1976 )


E. Romanais
" Portrait du Docteur Louis Thomas " ( vers 1930 )
Collection particulière

Auprès des Saints-Pierrais qui l'ont connu, le Docteur Louis Thomas laisse le souvenir d'un bon médecin, passionné de photographie et de doris. Au-delà, la mémoire se fait plus imprécise : il a quitté l'archipel en 1926, laissant derrière lui une collection de clichés sur plaques de verre ; depuis, personne ne savait ce qu'il était devenu si ce n'est, pour quelques-uns, la date de son décès en 1976 et les aléas de la collection finalement retrouvée dans un hangar. Cette énigme a suscité de nombreuses questions et hypothèses : qui était Louis Thomas ? Pourquoi a-t-il abandonné toutes ses photos de Saint-Pierre-et-Miquelon auxquelles, par leur qualité et le soin qu'il y mit, on devine l'importance qu'elles pouvaient revêtir pour lui et la personnalité peu commune qui devait être la sienne.

Né à Landerneau ( Finistère ) le 10 septembre 1887, Louis Auguste Thomas passera son enfance et fera ses études à Saint-Nazaire où son père est professeur de mathématiques au lycée. A cette époque il recevra un cadeau alors rare : son premier appareil photographique, qui sera suivi de beaucoup d'autres. Entré dans la Marine comme infirmier breveté, il étudie ensuite à l'Ecole de médecine navale de Bordeaux ( 1907-1910 ) puis à celle de Toulon ( 1911 ) d'où il sort Médecin de 3e classe avant d'être nommé quelques semaines plus tard Médecin de 2e classe. Du 8 novembre 1911 au 20 janvier 1912, il est embarqué sur le Bretagne. Le 2 décembre 1911 il se marie avec Emma Laukhuff, une étudiante en médecine alsacienne. Le 2 février 1912 il quitte Le Havre pour rejoindre Saint-Pierre-et-Miquelon où il est affecté au Service de Santé des îles le 22 février. D'abord médecin-résidant à l'hôpital de Saint-Pierre et chargé du service médical de l'Ile-aux-Chiens, Louis Thomas est nommé médecin à Miquelon le 21 février 1913. Il y fut juge de paix et notaire ( arrêté du 25 mars 1913 ) et délégué de l'Administration pendant dix-huit mois. Durant ce séjour à Miquelon naîtra sa fille Marthe, le 19 juillet 1913.

A la déclaration de guerre en 1914, il est le seul fonctionnaire en poste à Saint-Pierre-et-Miquelon à demander à servir en métropole. Il est d'abord embarqué le 4 août sur le chalutier Afrique II pour notifier, aux navires sur les bancs de Terre-Neuve, les ordres secrets de mobilisation prescrivant le retour immédiat vers la métropole, afin de gagner de vitesse les croiseurs allemands Dresden et Karlsruhe en raid dans l'Atlantique Nord. Cette mission lui valut un témoignage officiel de satisfaction. Puis une décision du 9 août 1914 lui redonna ses anciennes fonctions à Saint-Pierre et à l'Ile-aux-Chiens. Toutefois, dès le 19 septembre, il embarque pour Le Havre ; il est affecté à Rochefort, Paris et comme Médecin-major du 2L' Bataillon dans le 1er Régiment de marine ( Nieu-port ). Très marqué par les combats, " il en revient radicalement changé ; il ne sera plus jamais comme avant ". Cependant une hépatite contractée au front interrompt sa participation active à la guerre et, le 19 février 1916, il quitte à nouveau la métropole pour un second séjour dans l'archipel : une décision du 8 mars 1916 le nomme chef du Service de Santé par intérim et médecin chef de l'hôpital ; le 15 avril 1916 il est promu Médecin-major de lrc classe. Certains conflits avec l'administration suscitant son retour en France un an plus tard, il sera alors à Rochefort, Guérigny puis au dépôt de Paris. En 1917, il est détaché au Laboratoire du professeur Richet ( Faculté de médecine de Paris ) pour effectuer des expériences sur les gaz toxiques. Le 9 décembre 1919 il sollicite et obtient un congé sans solde et hors cadre jusqu'au 5 décembre 1922 : il travaillera alors au Laboratoire des Hipo-vaccins pour mettre au point et préparer les vaccins TAB destinés à la marine. Le Docteur Thomas réintègre ensuite les cadres de Marine pour être mis à la disposition du ministère des Colonies afin de servir à Saint-Pierre, du 14 juillet 1923 au 17 mai 1926. Durant ce troisième et dernier séjour il sera nommé Chef titulaire du Service de Santé de la colonie. Il participera en outre à de nombreuses commissions d'examens, au Comité Consultatif des Pêches organisé par le gouverneur Bensch ( arrêté du 10 juillet 1923 ), à la commission des foires et expositions de métropole ( 1er septembre 1924), etc.

Au total Louis Thomas aura séjourné six ans et cinq mois dans l'archipel, contribuant activement à une série de mesures d'hygiène et d'assistance sociale concernant en particulier la suppression de la vieille institution des graviers et la prophylaxie locale anti-alcoolique et anti-vénérienne, pendant la période de la prohibition. Passionné de doris, par leur construction comme par la navigation, il sera décoré du Mérite Maritime pour avoir effectué trois mille six cent kilomètres barre en mains sur les mers de Terre-Neuve et pour sa participation à la mise au point du premier modèle de doris avec moteur à grande vitesse relative ( sept nœuds ). Toutefois, c'est essentiellement à travers sa passion pour la photographie que nous connaissons aujourd'hui les liens de Louis Thomas à Saint-Pierre-et-Miquelon. Animé d'une grande rigueur, comme il l'était dans la pratique de la médecine, et d'un rare sens de l'esthétique de l'image, Louis Thomas ne se séparait quasiment jamais de son appareil photographique et prit des milliers de clichés de l'archipel, laissant ainsi le témoignage de ses multiples aspects : paysages des îles, fêtes et vie quotidienne, pêche et travail du poisson, naufrages et activités des quais de Saint-Pierre durant le temps de la fraude, etc. Le tirage des clichés était effectué dans les " chambres noires " de ses amis eux-mêmes amateurs de photographie : Dominique Borotra, alors directeur de la Morue Française, à Miquelon, puis Ernest Hutton, pharmacien à Saint-Pierre que Louis Thomas et sa famille fréquenteront quotidiennement durant leurs dernières années dans les îles. Regagnant la métropole en 1926, une rencontre sur le paquebot transatlantique qui le ramenait avec sa famille bouleversa la vie privée de Louis Thomas ; tournant radicalement une page de sa vie, il ne reviendra jamais à Saint-Pierre-et-Miquelon malgré son très fort attachement. Beaucoup plus tard, au début des années cinquante, Louis Thomas tentera de renouer avec les îles ; mais il était trop tard et les circonstances avaient changé ...

Avant son départ, ne sachant immédiatement où les entreposer, Louis Thomas avait confié ses plaques de verre à l'un de ses amis, Paul Chartier ; par la suite, il ne cherchera cependant pas à les récupérer. Peut-être les crut-il détruits dans un incendie alors qu'en fait, au gré des changements de propriétaires du hangar où les caisses étaient déposées, les clichés revinrent à la famille Andrieux. Aujourd'hui la quasi totalité est détenue à Saint-Pierre par madame Yvonne Andrieux. Depuis qu'au début des années soixante Jacques Andrieux ouvrit son studio à Saint-Pierre, les photographies de Louis Thomas commencèrent à être connues, de quelques amis d'abord, plus largement ensuite. Aujourd'hui cette collection constitue un élément majeur du patrimoine des îles.

Homme de science et d'action, de rigueur et d'exigence, Louis Thomas poursuivra à son retour en France une vie riche d'événements et de passions. Tout en continuant sa carrière militaire de médecin de marine ( en 1938 il obtiendra le grade de Médecin chef de lre classe ), il occupera de multiples responsabilités. Assistant du professeur Calmette au Laboratoire de la tuberculose à l'Institut Pasteur de Paris, il est ensuite nommé en 1936 membre de la Commission permanente du rhumatisme au ministère de la Santé publique, puis délégué du même ministère à l'organisation et à la direction du Service sanitaire des régugiés espagnols. Dans ce cadre, le Docteur Louis Thomas organise en personne'Sur le front cantabrique, parfois sous les bombardements franquistes, et bien qu'ayant été détenu quelque temps par les troupes de Franco, un service de dépistage des contagieux ; il assurera son activité jusqu'aux dernières évacuations à la frontière pyrénéenne, ce qui lui vaudra la Médaille d'Or des épidémies ( seule attribution à titre non posthume depuis vingt-six ans ). Nommé délégué à l'International Board for non intervention in Spain par les ministres des Affaires étrangères, de l'Intérieur et de la Santé publique, il est en 1938, à Londres, Chief Médical Officer auprès de cet organisme.

En octobre 1940, ayant refusé de prêter serment au gouvernement de Vichy, Louis Thomas est mis en congé d'armistice à passer à Bou Hanifia les Thermes, en Algérie. En fait, il rentrera clandestinement à Toulon en 1941, et passera une grande partie de la guerre dans les services spéciaux de la résistance où, entre autre mission, il photographiera les plans de la défense côtière de Toulon. A la libération de Paris, il est directeur du Service de Santé des FFI de Paris et de la Seine, avant de réintégrer les cadres de l'armée. Il participera notamment à la libération de Lorient comme Médecin-colonel, directeur du Service de Santé et directeur du Service Photographique du front de Lorient ( il filmera la reddition allemande ) ; et il servira ensuite en Allemagne comme médecin auprès des prisonniers de guerre allemands internés. Ces actions lui vaudront la Croix de Guerre en 1945 ; il sera fait Commandeur de la légion d'Honneur en 1946, année de sa démobilisation.

Cette vie active ne nuira pas aux autres activités de Louis Thomas : en juin 1948 il soutient à Paris une thèse de doctorat en sciences naturelles, " contribution à l'hysto-pathologie comparée des poissons ", qu'il signera du nom de Louis Le Thomas, signe d'une identité bretonne qu'il cherchera à retrouver ; ou encore, il occupera le poste de sous-directeur du Laboratoire du cancer de l'Ecole des Hautes Etudes. De plus, jamais il n'a renoncé à sa passion pour la photographie. Outre les clichés qu'il prit sans cesse tout au long de sa vie publique ( il faudrait par exemple découvrir les cernâmes de photographies ramenées d'Espagne pendant la guerre civile ), il entreprit dès 1935 l'inventaire systématique du statuaire religieux breton. Cette collecte achevée en 1960 constitue un fonds de vingt-trois mille clichés, qui retinrent l'attention d'André Malraux et de Georges-Henri Rivière, conservateur du Musée des Arts et Traditions Populaires à Paris, dont quelques uns ont été présentés dans les années cinquante lors d'expositions à Morlaix, Nantes, Quimper et Paris.

Habitant Boulogne-Billancourt après la guerre, Louis ( Le ) Thomas, fatigué et malade, se retira en 1968 en Bretagne, à la Baule-les-Pins. Frappé d'une attaque cérébrale le 24 novembre 1976, il est conduit à l'hôpital de Saint-Nazaire, où il décède. Il est inhumé au cimetière de La Briandais à Saint-Nazaire.
Y.L-JP.C

> Voici quelques photos prises par le Docteur Thomas

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