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Les Photographes

Paul-Emile MIOT
( Trinité 1827 - Paris 1900 )


Anonyme" Portrait de Paul-Emile Miot " ( vers 1875 )
Collection Serge Kakou

Né à la Trinité le 14 mars 1827, Paul-Emile Miot avait pour grand-père un bordelais venu chercher fortune à Saint-Domingue où il devint juge au tribunal d'appel de la colonie séant à Saint-Marc, après avoir été notaire au Cap. L'aïeul mourut en 1802, lors de l'évacuation des troupes françaises, laissant au moins un fils qui se fixa dans la possession anglaise de la Trinidad. Il y épousa en 1824 une Martiniquaise, Rosé-Henriette Mongenot, et revint en France, à Paris, où il dut justifier de son origine française lorsque son fils se présenta à l'Ecole Navale en 1842.

Paul-Emile Miot, noté dans ses " aptitudes spéciales " comme bon hydrographe, se voyait, en plus, pour ses " connaissances accessoires " qualifié de remarquable dessinateur et photographe habile, spécialité sans doute bien nouvelle et non encore homologuée ( 1 ).
C'est la rencontre de Georges-Charles Cloué ( 1817-1889 ou 1890 ), futur Vice-amiral, et ministre de la Marine, qui orientera la carrière de marin et de photographe de Paul-Emile Miot. Cette rencontre put avoir lieu soit pendant la campagne de la Baltique ( 1854 ), soit à la Station Navale de Terre-Neuve où Cloué, passionné d'hydrographie, jeune officier à bord de la " Fauvette ", corrige et complète pendant cinq années de campagne le vieux " Pilote de Terre-Neuve " de 1784. C'est au vu de ses notes qu'est décidée en haut-lieu la révision des instructions nautiques de Terre-Neuve. Retardée par la Guerre de Crimée ( 1854-1856 ), la mission de Terre-Neuve, confiée au Capitaine de frégate Cloué, débute en 1857. Cloué désigne comme " officier de choix " ( 2 ) le " remarquable dessinateur ", " parlant parfaitement l'anglais " ( 3 ), qui va devenir son fidèle et indispensable collaborateur pendant quatorze ans : Paul-Emile Miot.

Miot n'est pas seulement dessinateur-hydrographe ( il envoit depuis 1851 des dessins de reportage à l'" Illustration " ) mais également photographe et, le premier, il a l'idée de se servir de cette technique pour la description des approches des côtes, méthode qu'il expérimente à Terre-Neuve en 1857, dès la première année de la mission. A ces photos de topographie, s'ajoutent des photos de reportage sur les pêcheries réalisées au cours des étés 1857 et 1858 ( 4 ). Ses photographies d'observations ethnographiques ( qui préfigurent celles d'Océanie qu'il réalisera quinze ans plus tard ) ont été sans doute suscitées par la rencontre du Comte Arthur de Gobineau, au cours de la mission d'assistance portée par l'aviso à vapeur le " Sésostris ", à la campagne d'inspection de la Commission Mixte franco-anglaise de l'été 1859 sur les zones de pêches du littoral de Terre-Neuve ( French Shore ). Que cette hypothèse séduisante soit confirmée, ou bien que les portraits aient été exécutés antérieurement ou postérieurement à l'été 1859, deux d'entre-eux ont bien servi à illustrer au plus près le récit de Gobineau dans la réédition du " Voyage à Terre-Neuve " parue dans le " Tour du monde " en 1863, au moment précisément où Miot vient de passer l'hiver à Paris à travailler au Dépôt des Cartes et Plans de la Marine, sans doute pour rattraper le retard pris à la rédaction de la campagne hydrographique de 1861, après une interruption d'un an ( 1861-1862 ) due aux interventions françaises dans le Golfe du Mexique ( début de la Guerre de Sécession ). C'est pendant cet hiver 1862-1863 que Paul-Emile Miot réorganise officiellement l'atelier photographique qu'il avait installé confidentiellement, dès 1857, dans les locaux du Dépôt des Cartes et Plans, initiative qui lui vaudra les félicitations de ses supérieurs, et son premier commandement à la mer sur l'" Adonis " ( juillet 1863 ). Cette campagne va coïncider avec les développements de la Guerre du Mexique, pendant laquelle Miot se retrouvera dans l'escadre de Cloué ( 1865 ) ( 5 ), puis second à bord du " Magellan " ( 1866-1867 ). Miot ne retrouvera le Dépôt des Cartes et Plans de la Marine que pendant l'hiver 1867-1868, après quatre années d'interruption. C'est alors qu'est mise la dernière main à la rédaction du " Pilote de Terre-Neuve ", œuvre de près de vingt années, entravée et interrompue par les nécessités du service de la police des pêches, de l'assistance aux nationaux, et par trois guerres ( 6 ).

La carrière de Paul-Emile Miot se poursuit, entremêlée à celle de Georges-Charles Cloué, dans une irrésistible spirale ascendante : l'accession aux postes de responsabilité alterne avec les missions de confiance où Miot déploie une initiative et une habileté de diplomate de carrière. Dès l'achèvement du " Pilote de Terre-Neuve ", on retrouve le Capitaine de frégate Miot, chef d'état-major de la Division navale du Pacifique dont le chef est le Contre-amiral Cloué : c'est la campagne de l'" Astrée " ( 1868-1870 ), l'album photographique de la Polynésie, l'illustration du " Tour du Monde " avec l'autorisation du ministre de la Marine ( 7 ). Tandis que Cloué est nommé directeur général du Dépôt des Cartes et Plans, le Capitaine de vaisseau Miot ( 1875 ) commande plusieurs navires, et est nommé Commissaire du Gouvernement à La Réunion ( 1877 ). Cloué étant ministre de la Marine ( 1880 ), Miot fait partie de la Commission internationale de l'immigration Indienne, puis participe aux négociations du Traité du Bardo ( 1881 ) : il est Commandeur de la légion d'Honneur, et a reçu sa nomination de Contre-amiral à bord du vaisseau l'" Aima " qu'il commande. Commandant en chef de la Division navale de la mer des Indes ( 1885 ), il mène à bien sa dernière et plus haute mission, à la fois militaire et diplomatique, en tant que Commandant de l'escadre d'intervention à Madagascar, et négociateur du Traité de Protectorat. Vice-amiral en 1888, il rejoint Cloué au faîte des honneurs comme membre titulaire du Conseil de l'Amirauté dont son protecteur est le vice-président.
Paul-Emile Miot prend sa retraite en 1891, deux ans après la mort de Cloué. Dans les dernières années de sa vie, il devint directeur du musée de la Marine. Il meurt à Paris le 6 octobre 1900.

M.Le Contre-Amiral Miot Commandant en chef de la Division Navale de la Mer des Indes à Madagascar.Dessin de M.Vuillier -Photographie de Appert.

(1) Martial de Pradel de Lamase " Revue de l'histoire de l'armée ", août 1965
(2) L'" Officier de choix " est celui que le règlement autorise le commandant d'un navire à choisir en première ligne, les autres étant affectés par décision de la hiérarchie.
(3) Ce sont les termes figurant dans les notes attribuées à Miot par le Contre-amiral Cloué en 1870 ( dossier Miot - Archives de la Marine )
(4) C'est de cette série qu'a été extraite la photographie " Le Bourg de Saint-Pierre depuis la rade " ( n° 8 ), à ce jour la plus ancienne photographie connue de Saint-Pierre-et-Miquelon.
(5) La brillante conduite et les initiatives de Miot au cours de l'affaire de la retraite de Matamores ( 1" au 4 mai 1865 ) lui vaudront la croix d'Officier de la légion d'Honneur le 15 août 1865. jour de la Fête de l'Empereur.
(6) Voir la préface du " Pilote de Terre-Neuve " ( Paris, Imprimerie nationale, 1868 [lre édition] et 1882 [2e édition] : lettre d'envoi du Capitaine de vaisseau Cloué, major général de la Marine à Cherbourg, au ministre de la Marine, le 15 juin 1868.
(7) " Souvenir du Pacifique : les Marquises, Tahiti ( 1872-1874 ) " par l'Enseigne de vaisseau A. Pailhès (" Le Tour du Monde ", 1875, 2e semestre, et 1876. 1er semestre ).
Nombreuses photos sur le site des archives nationales du Canada.

http://www.collectionscanada.ca/05/050408_f.html

> Voici quelques photos de Paul-Emile Miot prises entre 1857 et 1859
au cours de son voyage à Terre-Neuve.

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