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Les Photographes

Paul-Emile MIOT
( Trinité 1827 - Paris 1900 )

Article paru en 2003 sur Paul-Emile Miot écrit par le spécialiste de sa biographie, Yves Leroy, publié dans le numéro 10 des Annales du Patrimoine de Fécamp consacré au French Shore- 1713-1904- la pêche sédentaire sur les côtes de terre-Neuve.

Paul-Emile MIOT
Marin et Photographe à Terre-Neuve
iconographie du French Shore



Paul-Emile Miot vers 1865. Portrait de Nadar, issu de l'album de Georges-Charles Cloué.
Collection Paul Chagnoux.


C’est dans les années 1850 que la photographie est devenue une technique efficace d’enregistrement du réel, dépassant de loin le croquis ou le relevé par la précision des détails qu’elle permettait de révéler. Ainsi, devint-elle un précieux outil pour les explorateurs occidentaux grâce auquel durant l’expansion coloniale, ils purent mieux rendre compte des contrées lointaines qu’ils « découvraient ». Il aura fallu pour cela la mise au point du procédé négatif/positif, permettant la reproductibilité des images et la réduction des temps d’exposition ; le calotype (William FoxTalbot en 1841) négatif papier qui laissait trace de la trame granuleuse du papier dans l’image positive, puis le négatif sur verre (Niepce de Saint-Victor en 1848) sur lequel l’opérateur étendait une substance sensible, le collodion ; avant qu’Eastman ne mît au point des émulsions couchées sur support souple : le papier, pour une courte période à partir de 1886, puis le celluloïd en 1888, et le boîtier Kodak qui popularisera la pratique de la photographie. Dans les années 1850, la photographie se cherche encore comme outil de reproduction efficace du réel, mais déjà on pressent ce que cette technique (que d’aucuns nomment science) va pouvoir apporter comme améliorations dans la fabrication des images.
En 1849, la Marine française a confié au Capitaine de frégate Georges-Charles Cloué, futur Vice-Amiral et Ministre de la Marine, la charge de réviser et de compléter le Pilote de Terre-Neuve, œuvre de longue haleine commencée dès 1763, pour le compte de la Couronne d’Angleterre, par le capitaine James Cook à l’aube d’une prestigieuse carrière maritime.
Depuis la fin des guerres napoléoniennes, la reprise des îles Saint-Pierre et Miquelon en 1815 et la réactivisation des droits de pêche historiques exclusivement dévolus aux pêcheurs français sur la côte occidentale de Terre-Neuve - le French Shore (ou Treaty Coast) - la Marine entretenait à Terre-Neuve, durant la belle saison, une Station navale basée au Havre du Croc (Croque Harbour) surla côte Est du Petit-Nord de Terre-Neuve. La pêche sédentaire, que pratiquaient d'avril à octobre les pêcheurs français sur le French Shore, entraînait bien des conflits avec les ressortissants terre-neuviens de la Couronne qui contestaient le bien fondé de cette exploitation « étrangère » de richesses halieutiques auxquelles ils ne pouvaient prétendre. La mission de la Station navale était à la fois de surveillance des droits de pêche français et de police, ainsi que de maintien d'une présence officielle française sur cette zone territoriale faisant, depuis toujours, l'objet de controverses plus ou moins virulentes entre la France et la Grande-Bretagne. Un navire de la Station navale, procédait à des observations et à des relevés hydrographiques.
En 1857, Cloué désigne comme officier de choix(1) à bord de l'Ardent, Paul-Emile Miot, jeune hydrographe << remarquable dessinateur », « parlant parfaitement l'anglais »(2)qui allait devenir son fidèle et indispensable collaborateur durant de nombreuses années.
Paul-Emile Miot était né le 14 mars 1827 à Trinité (Antilles). Son grand-père, négociant bordelais, était venu chercher fortune à Saint-Domingue où il devint juge au tribunal d'appel de la colonie. L'aïeul décéda en 1802, lors de l'évacuation des troupes françaises, laissant un fils qui se fixa à Trinidad, devenue possession anglaise. En 1824, il y épousa une Martiniquaise, Rosé-Henriette Mongenot, et revint à Paris où son fils dut justifier de son origine française lorsqu'il se présenta à l'École navale en 1842.
Noté dans ses « aptitudes spéciales » comme bon hydrographe et se voyant en plus reconnu pour ses « connaissances accessoires », qualifié de photographe habile, spécialité nouvelle et non encore homologuée (à laquelle, selon Cloué, il s'initia durant le congé qui précéda son premier voyage à Terre-Neuve(3), Paul-Emile Miot profita de ce séjour dans les eaux de Terre-Neuve pour expérimenter, le premier, la photographie comme nouvelle technique de relevé topographique.

Cloué décrit le travail de Miot dans un courrier qu'il adresse au terme de la première campagne, le 27 septembre 1857, du Havre de Saint-Jean de Terre-Neuve, au commandant Mazères, chef de la Division navale de Terre-Neuve(4) :
« ...un des officiers de l'Ardent, M. Miot, Enseigne de Vaisseau, s'est adonné pendant son congé à la photographie. Il y réussit de manière remarquable. (...) J'ai songé à utiliser pour nos travaux exacts cette science nouvelle qui pouvait paraître jusqu'ici n'avoir qu'un côté artistique, et je crois avoir, grâce à l'habileté et à l'intelligence de M. Miot, obtenu des résultats qui donnent les plus grandes espérances pour l'avenir.
Les stations au théodolite faites aux points principaux de triangulation exigent une certaine habitude du dessin pour faire des vues qui, à l'aide des angles dont on les accompagne, sont précieuses pour reproduire plus tard les contours de la côte et les accidents principaux du terrain.
Dorénavant quelques angles suffiront, et la station sera complétée par une vue photographique sur lesquelles les angles pourront n'être mesurés qu'au moment de dresser le plan. J'ai fait prendre par M. Miot plusieurs de ces vues, en ayant soin que l'instrument conserve le foyer de l'objectif au même point dans chacune des vues, afin que les distances horizontales sur le cliché, représentent toujours les distances angulaires (...)
Malgré les difficultés que rencontre à bord l'établissement convenable d'un petit laboratoire photographique, M. Miot a pu obtenir des épreuves instantanées d'entrées de ports qui doivent donner les plus grandes espérances au sujet de ce que cet habile officier pourrait produire avec un instrument à objectif puissant et s'il n'était pas arrêté souvent par une trop faible provision de produits chimiques.
Le Daguerréotype(5) qui est à bord est la propriété de M. Miot. Ce jeune et intelligent officier l'a mis avec tous ses produits chimiques entièrement à ma disposition pour toutes les expériences que j'ai voulu tenter. J'en ai usé souvent, et toujours avec M. Miot, car n'étant pas photographe moi-même, je ne serais arrivé à rien sans lui. »
Cloué termine sa lettre à Mazères, en insistant pour que Miot puisse le suivre au Dépôt des Cartes et Plans de la Marine : « La surveillance de l'achèvement des quatre feuilles de Fichot qui sont à la gravure et la correction attentive des épreuves, exigeraient seuls ma présence au Dépôt de la Marine, si je n'avais en outre à y rédiger les travaux de cette année, énumérés plus haut et dont la publication est urgente.
M. Miot a pris une part active à ces travaux. Sa collaboration me serait utile pour en activer la rédaction et, en outre, il serait bien à désirer que cet officier vienne à Paris se mettre au niveau des progrès que la photographie a dû faire depuis un an ».

En effet, à l'issue de la campagne, Cloué devait passer une partie de l'hiver au Dépôt des Cartes et Plans, situé au 13, rue de l'Université à Paris, pour transcrire les relevés hydrographiques réalisés. Sans doute Miot y installe-t-il alors, de manière confidentielle, un atelier photographique, qu'il officialisera en 1862, à l'issue de sa cinquième campagne à Terre-Neuve.(6)
Le Contre-Amiral Mathieu écrira plus tard, en recommandant au Ministre le fondateur du laboratoire : « Le Dépôt est redevable à M. Miot de la bonne installation de l'atelier de photographie. Le zèle et l'intelligente activité dont il a fait preuve dans cette circonstance m'imposent l'obligation de le recommander tout particulièrement à votre Excellence ».
Après une interruption d'un an (1861-1862) due aux interventions françaises dans le Golfe du Mexique (début de la Guerre de Sécession) et après qu'il eut reçu son premier commandement en mer sur l'Adonis (juillet 1863), Miot reprend durant l'hiver 1863 le travail de révision du Pilote de Terre-Neuve. Mais la campagne suivante va coïncider avec les développements de la Guerre du Mexique, durant laquelle Miot se retrouvera dans l'escadre de Cloué (1865), puis second à bord du Magellan (1866-1867). Il ne retrouvera le Dépôt des Cartes et Plans que pendant l'hiver 1867-1868, après quatre années d'interruption. C'est alors qu'est mise la dernière main à la rédaction du Pilote de Terre-Neuve, « œuvre de près de vingt années, entravée et interrompue par les nécessités du service de la police des pêches, de l'assistance aux nationaux, et par trois guerres ».(7)
Le Pilote de Terre-Neuve, tel qu'il fut publié en 1882, est un ouvrage en deux tomes de sept cents pages comportant six parties(8). Il consiste en une série descriptions hydrographiques et d'approches des côtes telles qu'on peut les apercevoir depuis la mer. Ces descriptions renvoient à des plans hydrographiques, tous remarquables pour leur précision et leur détail, auxquels Miot aura contribué de manière importante(9).
Paul-Emile Miot n'était pas seulement dessinateur et hydrographe. Depuis 1851, il adressait régulièrement des dessins de reportage au journal l'Illustration. Et, dès la première campagne à Terre-Neuve en 1857, il photographia les pêcheries du French Shore. Il confiera à son retour à Furne le soin de réaliser des tirages qu'il souhaitait rassembler en un Album de Terre-Neuve, dont la couverture devait être constituée par la photographie d'un énorme rocher de la Baie du Sacre sur lequel les marins de l'Ardent avaient peint en grandes lettres blanches le mot « Album ».
Des images de cette série seront reproduites sous forme de gravures dans Le Monde illustré du 10 avril 1858 ; puis en 1859 dans L'Illustration pour illustrer l'article Terre-Neuve de N. O'Brig (rédigé en mer et daté du 26 octobre 1858) qui parut en deux livraisons le 19 mars et le 2 avril 1859. Cet article reproduit une série de dix gravures de J. Ferat ou de Lebreton d'après les photographies de M. Miot de Melito(10) : Pêche de la morue - la ville de Saint-Pierre Miquelon à Terre-Neuve ; Bâtiment pris dans les glaces à la Baie du Kirpon ; Banquise à l'entrée du détroit de Belle-île ; La rue Joinville, à Saint-Pierre ; Pêche de la morue à la seine ; Les Trancheurs ; Vue extérieure d'un chaffaud ; Vue intérieure d'un chaffaud ; Graves sur vigneau, pour sécher la morue ; Séchage de la morue sur graves mobiles.
Ces gravures constituent les premiers «produits dérivés» de la photographie à Terre-Neuve. En effet, à cette époque la technique du collodion humide permettait à peine la prise de vue d'instantanés. Très rares étaient donc les scènes montrant sur le vif des personnages en action ; celles-ci supposant de longues séances posées. D'autre part, les techniques de reproduction graphique interdisaient à l'imprimerie l'utilisation directe de la photographie pour l'illustration des textes. Les graveurs reproduisaient en atelier les images pour les revues et les journaux illustrés. Le système négatif/positif permettait certes la reproduction d'une même image (ce que le Daguerréotype interdit), mais cette reproduction, forcément artisanale, ne pouvait convenir à la fabrication de supports à grands tirages comme ces revues. Pour illustrer les articles qu'ils publiaient, les éditeurs avaient donc le choix entre deux sources d'images servant de matrice à la gravure. La plus courante était celle du croquis ou du dessin d'après nature. L'autre, embryonnaire à cette époque, est la vue photographique utilisée comme fond de décor et sur le dessin duquel on surajoute des scènes vivantes imaginées.


Navires pris dans les glaces à la baie de Kirpon, dessin de lebreton d'après une photographie. Gravure publiée en illustration du Voyage à Terre-Neuve de Gobineau, in Le Tour du Monde, 1863.

A cet égard, la vue La rue Joinville, à Saint-Pierre est intéressante en ce qu'elle donnera lieu à une seconde image, gravée par J. Lara : La rue de Paris, à Saint-Pierre (dessin de Lebreton, d'après une photographie). Cette seconde gravure paraîtra en 1863 dans la revue Le Tour du monde qui publie de larges extraits du Voyage à Terre-Neuve du Comte Arthur de Gobineau. À la vue photographique initiale de Miot ont été ajoutées deux scènes totalement inventées par les dessinateurs, lesquels n'ont jamais foulé le sol de l'archipel terre-neuvien ; Lebreton ayant même transformé en sémaphore la croix du Calvaire de Saint-Pierre !(11)


La rue Joinville à Saint-Pierre, photographie de Paul-Emile Miot, 1857. In Paul-Emile Miot, un marin photographe.© Editions galerie Michèle Chomette, Paris.

La rue Joinville à Saint-Pierre, gravure de J.Ferat. Publiée en illustration de l'article de N' O'Brig, terre-Neuve in l'illustration, 19 mars 1859. © Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Estampes.

La rue de Paris à Saint-Pierre, dessin de Lebreton d'après une photographie. Gravure publiée en illustration de Voyage à terre-Neuve du Comte Arthur de Gobineau in le tour du Monde, 1863.© Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Estampes.

Une autre image reproduite par Lebreton (Bâtiment pris dans les glaces à la baie du Kirpon) mixte quant à elle deux photographies distinctes : Banquise à l'entrée du détroit de Belle-île et L'Ardent et deux navires français, cette dernière photographie ayant été manifestement prise au port d'attache de la Station navale au Havre du Croc.


Avisos à roue au mouillage, l'Ardent et deux navires de la station navale de Terre-Neuve au Havre de Croc. Photographie de Paul-Emile Miot, 1857 © Archives nationales du Canada (PA 188224)

Glaces flottantes à l'entrée de la baie du Sacre, entre la grande île du Sacre, à gauche et la petite à droite. Photographie de Paul-Emile Miot, 1857 © Archives nationales du Canada (PA 188222)

Bâtiment (L'Ardent) pris dans les glaces à la baie du Kirpon. Gravure publiée en illustration de l'article de N'O4Brig, Terre-Neuve, in l'illustration, 19 mars 1859. © Bibliothèque Nationale de France , Cabinet des Estampes.

Le 12 février 1858, un mois avant son départ sur le Sésostris pour son deuxième voyage à Terre-Neuve(12), Paul-Emile Miot prend sa carte de membre à la Société Française de Photographie. C'est durant ce second voyage de Miot, que Furne fils dépose à la Bibliothèque nationale, sous son propre nom, des vues de Bretagne dont on s'apercevra plus tard qu'y figurent celles de Miot prises à Terre-Neuve(13).
Au cours de sa troisième campagne à Terre-Neuve, Miot eut l'occasion de croiser le Comte Arthur de Gobineau, diplomate français membre de la Commission mixte franco-anglaise qui inspecta le French Shore entre le 15 juin et le 27 août 1859. Gobineau fait mention d'une rencontre (sans citer Miot) qui eut lieu le 28 juin 1859, lorsque la Commission alla passer quelques heures sur l'aviso Sésostris(14) de la Station navale de Terre-Neuve(15).
On ne sait rien de cette rencontre mais Gobineau explique : Le Commandant en chef (de la Station navale de Terre-Neuve) inspecte lui-même toute la côte. Un de ses bâtiments est toujours en mission sur un point quelconque ; un autre se livre à de fatigantes, mais utiles, études hydrographiques ; deux goélettes de guerre observent la conduite de nos équipages de pêche et visitent les établissements(16). Gobineau, auteur de l'Essai sur l'inégalité des races humaines paru en 1855, demandera à Miot de réaliser des portraits photographiques d'indiens Micmac de Terre-Neuve, qui illustreront la réédition de son Voyage à Terre-Neuve paru dans « Le Tour du Monde » en 1863. La gravure Indigène du Cap-Breton, ancienne tribu des Micmacs (dessin de H. Rousseau d'après une photographie) reproduit Femme Micmac à bord du navire Sésostris 1859 de Paul-Emile Miot(17). Le marin photographe développera plus tard aux Marquises et à Tahiti cet art du portrait d'indigènes qu'il réalisait sur la coupée de l'Astrée, la frégate qu'il commandera en Pacifique de 1868 à 1870 et sur laquelle il avait installé un véritable studio de prises de vue.

Femme Micmac à bord du Sésostris. Photographie de Paul-Emile Miot, 1859. Sydney, Cap Breton, Nouvelle Ecosse. © Archives nationales du Canada (PA 188214)

Indigène du Cap Breton, ancienne tribu des Micmacs, dessin de H.Rousseau d'après la photographie ci-dessus. Gravure publiée en illustration du Voyage à Terre-Neuve De A. De Gobineau, in Le Tour du Monde , 1863. © Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Estampes.

Le Public Record Office de Kew, dans le Surrey, conserve trois photographies de Miot qui furent donnés aux deux Commissaires anglais, le Capitaine Hugh Dunlop, de la Royal Navy, et John Kent, secrétaire colonial du Self-Government de Terre-Neuve. Ces photographies représentent respectivement La Plage de Sandy Point en Baie Saint-Georges ; Le Havre de l'île Saint-Jean et Vue de La Conche, trois endroits du French Shore exploités par les français.
Pour Michaël Wilkshire, qui présente ces photographies sur le site Internet du Mémorial University of Newfoundland, la raison pour laquelle les Français ont fourni ces photographies aux Commissaires britanniques semblerait être qu'elles appuyaient la thèse française selon laquelle la présence anglaise gênait les français dans l'exercice de leurs droits. Loin d'être de simples souvenirs touristiques, ces photographies représentent déjà une application de la photographie aux fins de la diplomatie(18)
L'ensemble du fonds Terre-Neuve de Paul-Emile Miot se compose d'environ quatre vingt photographies distinctes : les Archives nationales du Canada en conservent cinquante tirages (24 localités, 10 opérations de pêche, 7 portraits d'autochtones et 9 images diverses). Le Musée de l'Homme à Paris conserve cinq portraits d'indiens Micmacs, qui figurent également dans les fonds du Pitt Rivers Muséum d'Oxford, dont quatre épreuves se trouvent aussi dans les collections du Musée d'Orsay. Au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France, sous la côte Furne et Tournier, sont conservées vingt épreuves de Miot ayant pour sujet Saint-Pierre, l'île du Cap Breton et Terre-Neuve.
Il aura fallu attendre cent trente-deux ans pour que ces incunables, premières photographies jamais prises à Terre-Neuve, soient révélées au public, révélant par là même un photographe des origines de tout premier plan.
En 1989, à l'occasion du cent cinquantième anniversaire de la découverte de la photographie, eut lieu au Musée d'Orsay la première exposition de photographies de Paul-Emile Miot. À l'occasion de cet anniversaire furent reproduites ses premières photographies terre-neuviennes(19). Le catalogue Regards sur la photographie en France au XIXe siècle, 180 chefs d'œuvre de la Bibliothèque nationale, publiait le Portrait d'une femme Micmac du Cap Breton de Miot sous le nom de Furne et sous la légende Femme bretonne.

Le Musée d'Orsay publiait la même année quatre photographies de Miot dans le catalogue L'Invention d'un regard (1839-1918). En 1990, dans Images de Saint-Pierre et Miquelon étaient publiées trois photographies de Miot issues des collections de la Bibliothèque nationale, ainsi qu'un autoportrait de Miot de la collection Serge Kakou. En 1995, en marge de l'exposition « Paul-Emile Miot : photographies 1857-1870 » présentant quarante épreuves sur Terre-Neuve et la Polynésie, la galerie Michèle Chomette publiait Paul-Emile Miot - un marin photographe (1827-1870). Cette remarquable étude de Pierre-Marc Richard reproduisait dix sept photographies du fonds Terre-Neuve. En novembre 2001, les commissaires priseurs Beaussant-Lefèvre ont passé en vente à Drouot, vingt cinq photographies terre-neuviennes de Miot, dont dix-huit reproductions figurent au catalogue.
Aujourd'hui, les sites Internet des Archives nationales du Canada (data2.archives.ça), du Mémorial University of Newfoundland (ucs.mun.can) et, à Saint-Pierre et Miquelon, de Lucien Girardin (lucien.girardin.com) permettent de visiter la majeure partie de la production terre-neuvienne de Miot aujourd'hui connue.
C'est à Michèle Chomette que revient le commentaire le plus pertinent sur les qualités artistiques de Paul-Emile Miot : Nous assistons à la naissance à la photographie d'une contrée lointaine, dont la beauté demeurait encore vierge de toute représentation photographique, avec Miot nous ressentons cette indolence farouche de la nature, des sites et des hommes, cet état de perfection ouverte des formes, des couleurs, des matières, simplement disposées à recevoir la juste visée, le cadrage nominal, au passage du temps que le photographe va suspendre pour l'éternité. (...)
Paul-Emile Miot avait du souffle et une vision d'artiste, à la mesure de la grandeur des espaces que lui offraient les rivages de Terre-Neuve, mais il savait délaisser l'effet facile pour la pureté minimale des formes, et une sorte de volupté retenue au bord du romantisme et de l'épique(20)
.
La carrière de Paul-Emile Miot se poursuivit, entremêlée à celle de Georges-Charles Cloué, dans une irrésistible spirale ascendante : l'accession aux postes de responsabilité alterne avec des missions de confiance où Miot déploie une initiative et une habileté de diplomate de carrière. Dès l'achèvement du Pilote de Terre-Neuve, on retrouve le Capitaine de frégate Miot chef d'État major de la Division navale du Pacifique dont le chef est le Contre- Amiral Cloué : c'est la campagne de l'Astrée (1868-1870), l'album photographique de la Polynésie, l'illustration du « Tour du Monde » avec l'autorisation du Ministre de la Marine(21). Tandis que Cloué est nommé directeur général du Dépôt des Cartes et Plans, le capitaine de vaisseau Miot commande plusieurs bâtiments (1875), est nommé Commissaire du Gouvernement à La Réunion (1877). Cloué étant Ministre de la Marine (1880), Miot fait partie de la Commission internationale de l'immigration indienne, puis participe aux négociations du Traité de Bardo (1881). Il est fait Commandant de la Légion d'Honneur et reçoit sa nomination de Contre-Amiral à bord du vaisseau l'Aïma qu'il commande. Commandant en chef de la Division de la Mer des Indes (1885), il mène à bien sa dernière et plus haute mission militaire et diplomatique en tant que Commandant de l'escadre d'intervention de Madagascar et négociateur du Traité de Protectorat. Vice-Amiral en 1888, il rejoint Cloué au faîte des honneurs comme membre titulaire du Conseil de l'Amirauté dont son protecteur est le vice-président.
Paul-Emile Miot prend sa retraite en 1891, deux ans après la mort de Cloué. Dans les dernières années de sa vie, il devint directeur du Musée de la Marine, alors installé au Louvre. Il meurt à Paris le 6 octobre 1900(22).
YVES LEROY

Yves Leroy est né en 1951 à Saint-Quentin (Aisne). Sa première escale à Saint-Pierre et Miquelon remonte à 1982, année où il est nommé au Centre culturel de Saint-Pierre pour y développer la pratique théâtrale. Il y adapte et met en scène Les Gens de mer d'après Tristan Corbière et Théâtre de Chambre de Jean Tardieu. Revenu en métropole, en 1990 il réalise avec l'ethnologue Jean-Pierre Castelain un important travail sur la photographie ancienne dans l'archipel, donnant lieu à une exposition accompagnée d'un livre : Images de Saint-Pierre et Miquelon. L'exposition, produite par Le Volcan - maison de la culture du Havre, sera présentée à Fécamp (Musée des Terre-Neuvas), Paris (Musée des Arts et Traditions Populaires), Le Havre (Le Volcan), Rouen (Hôtel du Conseil régional), Dieppe (Centre d'Action Culturelle) et Granville (Musée du Vieux Granville).
En 1992, avec Jean-Pierre Castelain, il est chargé par le Ministère de la Culture et par le Conseil général de Saint-Pierre et Miquelon d'une mission d'évaluation de la situation culturelle de l'archipel.
En 1998, il fait paraître Les Onze mille vierges - récits de Saint-Pierre et Miquelon.
Yves Leroy vit à Brest, le port métropolitain le plus proche de l'archipel, à quelques 3700 km de Saint-Pierre et Miquelon.

NOTES
1. L'Officier de choix est celui que le règlement autorise le commandant d'un navire à choisir en première ligne ; les autres officiers étant affectés par décision de la hiérarchie militaire.
2. Appréciations figurant dans les notes attribuées à Miot par le Contre-Amiral Cloué en 1870 (Dossier Miot -Archives de la Marine - Fort de Vincennes - Paris).
3. Pour Michèle Chomette et Pierre-Marc Richard, l'initiation de Miot à la photographie est antérieure : « il est évident qu'une aussi grande maîtrise des techniques et une telle maturité de la vision ne s'improvisent pas. A-t-il pu observer Durand-Brager et Lassimone au travail alors qu'il était à bord de l'Uranie ou du Laplace en Crimée, d'octobre 1855 à mars 1856 ? Fut-il initié à la photographie par Eugène René Collet Corbinière qu'il aurait rencontré en rade de Brest sur le stationnaire le Borda ? » in « Paul-Emile Miot - Un marin photographe », Éditions galerie Michèle Chomette, Paris - 1995.
4. Lettre de G.-C. Cloué au commandant Mazères, Archives nationales, Paris (MAR BB4 797 - 1857), citée par Michaël Wilkshire (site Internet ucs.mun.ca).
5. Cloué désigne par Daguerréotype (appareil de prises de vue positives à images uniques qui ne permet pas la duplication) un appareil à chambre où, pour les prises de vue, s'introduisent des plaques de verre préalablement sensibilisées au collodion humide, qu'il faut révéler aussitôt en chambre noire.
6. « De 1857 à 1862, Paul-Emile Miot fit cinq campagnes à Terre-Neuve, sur l''Ardent, le Sésostris puis le Milan (il fut second sur ce dernier) et a exécuté, sous la direction du Capitaine de Vaisseau G.-C. Cloué, commandant de la Division navale, une série de travaux hydrographiques qui lui valurent des éloges ». Etienne Tréfeu, in Nos marins (Paris, Berger-Levrault, 1888), cité par Michaël Wilkshire (site Internet ucs.mun.ca) Les cinq missions hydrographiques de Miot à Terre-Neuve sont les suivantes : 1857 (27 mars /
10 novembre) à bord del'Ardent ; 1858 (13 mars /
11 novembre) à bord du Sésostris ; 1859 (13 mars / 5 novembre) à bord du Sésostris ; 1860 (22 mars / 18 novembre) à bord du Sésostris ; 1861 (4 avril / 18 octobre) à bord du Milan. - in « Paul-Emile Miot - Un marin photographe », Éditions galerie Michèle Chomette, Paris - 1995.
7. Pilote de Terre-Neuve, Paris, Imprimerie nationale, 1868 [1re édition] ; 1882 [2e édition] ; lettre d'envoi du Capitaine de Vaisseau Cloué, major général de la Marine à Cherbourg, au ministre de la Marine, le 15 juin 1868.
8. Tome 1:1) Terre-Neuve, considérations générales -climat, glaces, population, vents, brumes, courants, marées, les bancs, navigation, pêche ; 2) Côte sud de Terre-Neuve - du Cap Race aux îles Saint-Pierre et Miquelon ; des îles Saint-Pierre et Miquelon au Cap de Raye ; 3) Côte Ouest de Terre-Neuve - Golfe du Saint-Laurent ; du Cap de Raye au Détroit de Belle-île ; Tome II : 4) Côte Nord de Terre-Neuve - Détroit de Belle-île ; de la Pointe de Férolle au Cap Bauld ; 5) Côte Est de Terre-Neuve - du Cap Bauld au Cap Saint-Jean ; du Cap Saint-Jean au Cap Bonavista ; du Cap Bonavista au Cap de Race ; 6) Côte du Labrador - des îles des Esquimaux à la Pointe de la Table ; Belle île du Détroit. (renseignements communiqués par Paul Chagnoux)
9. Michaël Wilkshire indique que les Archives Publiques de Terre-Neuve et du Labrador conservent douze de ces plans : Baie d'Ingornachoix levé en 1860 ; Vieux Port au Choix levé en 1857 ; Havres de Port de Saunder, de Keppel et de Hawke levé en 1860 ; Fond de la Baie Saint-Georges levé en 1861 ; Côte Nord-Est de Terre-Neuve entre le Cap Vent et le Havre de La Conche levé en 1858 ; Havre de Bonne Baie en Baie Saint-Jean levé en 1858 ; Havre de Fleur-de-Lys levé
en 1859 ; Baie des Castors en Baie Saint-Jean levé en 1859 ; Havre du Paquet levé en 1857 ; Bras de Jackson en Baie Blanche levé en 1858 ; Baie Sainte-Barbe levé en 1858 et Havre de Cap Rouge levé en 1858 (site Internet ucs.mun.ca)
10. Melito, selon Michèle Chomette, d'après une branche bordelaise co-latérale dont Miot cherchait à se rapprocher à l'époque, in « Paul-Emile Miot - Un marin photographe », Éditions galerie Michèle Chomette, Paris - 1995. Miot de Melito fait plutôt référence à André François Miot, Comte de Melito (1762 - 1841), ancien Ministre, ambassadeur, conseiller d'Etat et membre de l'Institut, dont les Mémoires furent publiés à Paris en 1858 (site Internet napoleonic-literature.com). «En 1801, Napoléon Ier ayant suspendu la Constitution en Corse, y enverra Miot de Melito comme « administrateur général des départements corses du Golo et du Liamone, lequel mettra en place des concessions fiscales, les « Arrêtés Miot ». (site Internet sitec.fr)
11. Yves Leroy, Petite histoire des débuts de la photographie à Saint-Pierre et Miquelon, in Images de Saint-Pierre et Miquelon, Le Volcan, Le Havre 1990.
12. Michèle Chomette, Pierre-Marc Richard in « Paul-Emile Miot - Un marin photographe », Éditions galerie Michèle Chomette, Paris -1995.
13. Le 22 mai 1990, lors de recherches préparatoires à Images de Saint-Pierre et Miquelon au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, Bernard Marbot, conservateur, nous présente le fonds Furne et Tournier dans lequel nous identifions sans hésitation Vue de Saint-Pierre depuis la rade présentée comme une Vue de Bretagne. Le dépôt Furne d'août 1858 (côtes n° DL 1858 / 6674 à 6693) permet de dater les photographies de Miot de la campagne de \'Ardent de 1857.
14. « ... Nous allâmes passer quelques heures sur le Sésostris et nous retournâmes dans la crique où nous avions élu domicile ». Comte Arthur de Gobineau « Voyage à Terre-Neuve » (p 208). Éditions Aux Amis des Livres, Paris - 1989, introduction, chronologie, notes et index par Roland Le Huenen.
15. Michaël Wilkshire indique que, le 5 juillet, la Commission s'embarque sur le Sésostris, pour visiter l'île Saint-Jean et les deux établissements de Port au Choix (l'ancien et le nouveau) ; Chronologie des déplacements de Gobineau lors de sa mission à Terre-Neuve, in Revue d'Études Gobiniennes, 1972.
16. Comte Arthur de Gobineau, « Voyage à Terre-Neuve » (p 226). Éditions Aux Amis des Livres, Paris - 1989, introduction, chronologie, notes et index par Roland Le Huenen.
17. Indigènes du Cap-Breton, ancienne tribu des Micmacs (dessin de H. Rousseau d'après une photographie) - in Le Tour du Monde 1863 ; Paul-Emile Miot : Femme Micmac à bord du navire Sésostris 1859, Sydney, Cap Breton, Nouvelle-Ecosse (Archives nationales du Canada - PA 188213).
18. Site Internet ucs.mun.can/~mwilks/miot.html
19. Les premières photographies publiées de Miot le furent par Patrick O'Reilly dans Les photographes à Tahiti et leurs œuvres 1842 - 1962, société des Océanistes, Musée de l'Homme, Paris 1969.
20. Michèle Chomette, De l'ancrage documentaire à l'embarquement esthétique in « Paul-Emile Miot - Un marin photographe », Éditions galerie Michèle Chomette, Paris-1995.
21. Souvenir du Pacifique : les Marquises, Tahiti (1872-1874) par l'Enseigne de Vaisseau A. Pailhès ; in « Le Tour du Monde » 1875, 2e semestre ; 1876, 1er semestre.
22. La fin de cet article reprend les notes biographiques sur Paul-Emile Miot que nous avions publiées dans Images de Saint-Pierre et Miquelon (Le Volcan, Le Havre, 1990 - p 126) d'après les recherches de François Lepage sur Paul-Emile Miot.

BIBLIOGRAPHIE
1) Revues, articles, livres
N. O'Brig, Terre-Neuve (deux parties) ; in L'Illustration 1er semestre -1859.
Comte Arthur de Gobineau, Voyage à Terre-Neuve ; in Le Tour du Monde - 1860.
Jean Foucher, article sur Paul-Emile Miot ; in Les Cahiers de Plroise - avril-juin 1984.
Comte Arthur de Gobineau, Voyage à Terre-Neuve ; Introduction, chronologie, notes et index par Roland Le Huenen -Aux Amateurs de Livres, Paris 1989.
Jean-Pierre Castelain, Yves Leroy Images de Saint-Pierre et Miquelon ; Le Volcan - Le Havre 1990.
Michèle Chomette, Pierre-Marc Richard, « Paul-Emile Miot -Un marin photographe » ; Éditions galerie Michèle Chomette, Paris -1995.
Guy Tessier, Le Portfolio, photographies françaises de Terre-Neuve au XIXe siècle ; in L'Archiviste - revue des Archives nationales du Canada n°108, Ottawa 1995.
Beaussant-Lefèvre (Pierre-Marc Richard expert), Catalogue de vente de photographies anciennes ; Paris, Drouot, jeudi 15 novembre 2001.
2) Sites Internet
Archives nationales du Canada : data2.archives.ça Mémorial University of Newfoundland : ucs.mun.can Lucien Girardin : lucien.girardin.com


 

M.Le Contre-Amiral Miot Commandant en chef de la Division Navale de la Mer des Indes à Madagascar.Dessin de M.Vuillier -Photographie de Appert.

 

Ci-dessous deux autographes de Paul-Emile Miot, collection de Mr Alain Troussier(Monier).

Nombreuses photos sur le site des archives nationales du Canada.

http://www.collectionscanada.ca/05/050408_f.html

> Voici quelques photos de Paul-Emile Miot prises entre 1857 et 1859
au cours de son voyage à Terre-Neuve.

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